Le ministre de l’Éducation d’Algérie, Mohamed Seghir Saadaoui, a annoncé le 25 juillet que l’anglais sera enseigné avant le français dans les écoles primaires pour la rentrée 2026-2027. Cette décision place l’anglais comme langue étrangère principale dès la troisième année, remplaçant le français qui sera introduit à la quatrième année.
Le changement de programme
Depuis l’indépendance, le français a dominé les classes d’anglais, mais la politique linguistique du président Abdelmadjid Tebboune, lancée en 2022, vise à introduire l’anglais dès le primaire. En 2024-2025, les facultés de médecine et de sciences ont déjà commencé à passer du français à l’anglais. Les panneaux routiers et les tickets d’Air Algérie intègrent désormais l’anglais aux côtés de l’arabe.
Les défis de l’implémentation
Ahmed Krim, enseignant d’anglais pendant 30 ans et retraité à 60 ans, souligne que les écoles ne disposent pas encore de suffisamment d’enseignants qualifiés. En février, le ministère de l’Éducation a recruté environ 15 000 professeurs d’anglais pour les écoles primaires. Un expert, Rafik Laceb, avertit que l’initiative universitaire de 2023-2024 a manqué d’heures de contact et d’évaluations rigoureuses.
Réactions et implications
La décision intervient dans le contexte d’une crise diplomatique majeure entre l’Algérie et la France, déclenchée en juillet 2024 lorsque le président Emmanuel Macron a soutenu la revendication marocaine sur le Sahara occidental. L’Algérie a expulsé les diplomates français, aggravant les tensions. En réponse, le pays a accéléré son retrait du francophonie, avec l’Algérie, le Mali, le Niger et le Burkina Faso quittant l’OIF en mars 2025.
Le rôle de la société civile
Le libraire Krimo Taleb de Tizi Ouzou rapporte une hausse des ventes de livres en anglais, notamment parmi les lectrices féminines. Selon lui, la majorité des jeunes lecteurs parlent trois langues couramment. Malgré l’augmentation de l’anglais, le français reste la langue étrangère la plus influente, avec environ 15 millions de locuteurs en Algérie.
Conclusion
Cette réforme linguistique marque un tournant historique, remplaçant la langue coloniale par une langue mondiale. Elle reflète à la fois les ambitions politiques d’indépendance culturelle et les défis d’une transition rapide dans un système éducatif déjà en mutation.
